
Sur un air d' histoire...
Dans les temps les plus reculés, l’homme a sillonné la Famenne prise en sandwich entre, au nord, le Condroz aux terres riches et, au sud, l’Ardenne aux forêts profondes et au sol dur, ingrat pour qui en vit.

Ses paysages vallonnés, bénéficient d’un microclimat clément, son sol se partage entre le schiste et le grès, domaine des forêts sans grande valeur, des pâtures d’un peu de culture et d’une multitude de plantes intéressantes et la Calestienne, bande de terre assez étroite, fertile, s’étirant du pays de Givet aux abords d’Aywaille et recelant de très belles grottes Han-sur-Lesse, Rochefort, Hotton, etc.
Deuxième moitié du 1er siècle post J.C. : deux grandes chaussées romaines parcourent la Famenne, l’une reliant Bavai à Trèves, et l’autre Arlon à Tongres. Des voies secondaires avec l’implantation de quelques petits habitats, complètent le réseau routier. Des villas romaines, exploitations agricoles de 50 à 60 ha, ainsi que des sites de sépultures se situent à l’écart des chemins de communication.
5e siècle : Les Mérovingiens peuplent la région, s’installant principalement dans les vallées de la Lesse et de la Lomme.
La naissance d'une ville !
A une date inconnue, mais avant le 9e siècle : l’abbaye de Stavelot-Malmédy possède dans la région un bien foncier avec, pour centre, une petite localité arrosée par la petite rivière « La Marche » dont elle prend le nom « Marche » tandis que le cours d’eau ne garde que le diminutif «la Marchette ». 9e siècle : la Marchette devient la limite entre deux grands « pagi » anciens, celui des Condruzes, le « Condroz », au nord-ouest, futur comté de Huy, dont fait partie la Famenne, et celui « d ‘Ardennes », au sud-est, futur comté d’Ardenne septentrionale ou de La Roche. Des moines construisent à Marche une chapelle en bois desservie par un chapelain sans être, pour autant, paroissiale.
La petite bourgade dépend du domaine seigneurial important de Waha, village voisin. 12e siècle : Marche devient propriété du comte de La Roche, au titre de « bien d’avouerie ». En raison de sa situation géographique et stratégique, la bourgade prend de plus en plus d’importance, étant le passage obligé entre Namur et Luxembourg pour devenir progressivement, fin du 13e siècle, une véritable ville. Elle bénéficie de sa première charte de franchise.
" D'argent à un château de gueules, maçonné de sable, à une porte hersée de même, surmontée d'un écusson d'argent à quatre lions contournés de sable, deux à deux ; le château, accompagné en chef, de deux étoiles à six raies de gueules, l'écu timbré d'une couronne d'or "
Telle est, en langage héraldique, la description des armoiries du château et de la fortification de Marche-en-Famenne. Le champ de ce blason est meublé d'une figure qui représente l'image artificielle de l'enceinte fortifiée, car c'est une ville fermée, close de murailles, de fossés, flanquée de tours et de deux portes hersées à pont-levis : la couronne comtale, qui surmonte l'écu, atteste la souveraineté de son seigneur.

- Blason de la ville de Marche -
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Marche devient une cité fortifiée
Dès la fin du 13e siècle, Marche est entourée de remparts et, par ce privilège, acquiert, dans le nord de la Famenne, une réelle importance. Elle jouit de la franchise de sa communauté. Son enceinte est une ceinture défensive de forme rectangulaire, d'environ 300 mètres de côté sur 4,20 mètres de largeur, les angles étant orientés vers les points cardinaux. Son accès se fait par deux portes, au nord la Porte Basse, avec ses deux tours massives, à toits coniques et pointus, auxquelles s'attache la poterne hersée du pont-levis. S'y présentent les voyageurs venant des pays de Liège et de Namur. Au sud, s'élève la Porte Haute appelée aussi Porte de Luxembourg et même "Porte à la vache", desservant les voyageurs des pays de Rochefort, Bastogne et Luxembourg.
Les solides murailles crénelées sont bastionnées de 24 tourelles. Au pied des murailles, s'étendent de vastes fossés alimentés par deux étangs et des viviers. Il faut aussi compter avec la présence de marais qui renforcent les défenses de la ville. A l'est, accolé aux fortifications, s'élève une construction de forme carrée "Le Château", dans le sens de donjon. 14e siècle : la ville est fortifiée. La cité se développe à l’instar de ce qui fait la caractéristique des grandes villes médiévales de nos régions avec une halle, un marché, des corporations de métiers et trois institutions religieuses.

- Marche-en-Famenne, 1610 -
L' Edit Perpétuel
Philippe II d'Espagne, fils de Charles-Quint, hérite en 1555 des Pays-Bas, aussi appelés les XVII Provinces (approximativement le Benelux actuel). Intransigeant au point de vue religieux et absolu en politique, il considère ses nouveaux états en simple dépendance. En 1559, quand il regagne définitivement l'Espagne, les Etats Généraux, groupant des représentants de la noblesse, du clergé et des bourgeois lui réclament le respect des privilèges du pays, l'administration par des seigneurs locaux, la constitution d'une armée de troupes indigènes sous le commandement de seigneurs des Pays-Bas et le départ des troupes espagnoles. Philippe II ignore ces demandes, renforce la répression contre les protestants.

- Signature de Don Juan d'Autriche sur l'Edit Perpétuel, 1577 -
En 1565, en réponse à la Ligue "Compromis des Nobles" formée par les seigneurs des Pays-Bas, pour défendre les privilèges et repousser l'Inquisition, s'institue, avec le Duc D'Albe un régime de terreur avec le "Conseil des troubles". S'ensuit une guerre de partisans menée par les protestants contre les Espagnols. 1573 est marqué par la mise à sac d'Anvers par les Espagnols sans chefs et sans solde. Le 8 novembre 1576, les Etats Généraux signent la" Pacification de Gand" donnant plus de liberté de conscience à 15 des XVII Provinces.
Le 12 février 1577, Don Juan d'Autriche, demi-frère de Philippe II, lieutenant gouverneur et capitaine général des Pays-Bas, signe "L'Edit perpétuel de Marche" accordant le respect des privilèges du pays et le renvoi des troupes espagnoles mais refusant la liberté de conscience. C'est la reprise de la guerre entre l'Espagne et les Etats Généraux. Don Juan meurt à Bouge le 1er février 1578.
Fin du 17e siècle. Suite à la signature du Traité de Nimègue (1er août 1678), le château et la majeure partie des fortifications sont abattus par les troupes de Louis XIV.

- Allégorie du Traité de Nimègue, École flamande, XVIIe siècle: Louis XIV et Charles II d' Espagne scellent leur alliance sous la bénédiction du Saint-Esprit, représenté par la Colombe de la Paix -
18e siècle: Marche-en-Famenne vit au gré de son commerce, que ce soit la tannerie, la brasserie, et bien sûr le travail de la dentelle ! L'histoire de cet artisanat peut s'aborder agréablement à l'occasion d'une visite du musée de la Dentelle de Marche.
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